mardi 1 mai 2018

Guérir, changer

Elle remonte à loin maintenant, cette histoire.

Plus de trois ans que j'ai quitté Algernon, plus de deux ans que je n'ai plus aucun contact avec lui, ni par téléphone, ni par mail, aucun.

C'est une histoire qui finit bien, puisque j'en suis sortie, je m'en suis bien sortie, et totalement sortie.

Si vous venez ici pour la première fois, lisez plutôt à partir des articles les plus anciens, c'est-à-dire du début. Si vous n'êtes pas là par hasard, peut-être vous vous y retrouverez. Et puis dans tous les cas lisez ceci, pour l'espoir.

Trois ans après, je suis toujours en train de guérir. C'est vrai, c'est long. Mais huit ans de blessures ne se guérissent pas en un jour, par le coup de baguette magique d'une décision courageuse. Ce serait chouette, mais non.

Trois ans après pourtant, je peux mesurer mes progrès.

Les articles écrits en 2015, dans les mois qui ont suivi mon départ, il y a pas mal de choses que je ne ressens plus comme ça aujourd'hui, en ce qui concerne les émotions. Le souvenir de la douleur n'est plus aussi présent non plus. Plus aussi actuel. Mais je les laisse tel quels, en tant que témoignages. Pour moi aussi, ils me permettent de mesurer le chemin parcouru. Sur le plan théorique en revanche je suis toujours en accord avec ce que j'ai écrit.

Les crises d'angoisse sont toujours là, mais je suis passée de crises d'angoisses invalidantes, qui pouvaient durer des semaines et m'empêchaient de sortir de chez moi ou de voir des gens, à des crises plus ponctuelles et plus modérées. C'est toujours désagréable, mais je peux vivre avec.

Je ne vis plus dans la terreur permanente, même si la terreur n'est pas toujours absente de ma vie.

Je suis passée d'un mode de survie, où le but était chaque jour d'arriver au jour suivant, à un mode de vie, où je suis capable de prendre soin de moi réellement, de m'accorder autant de soin que j'en accorderais à une personne que j'aime.

J'ai appris peu à peu à poser mes limites, à dire non, à reconnaître que j'avais le droit de dire non, à ne plus confondre aimer avec tout accepter.

Aujourd'hui je sais que je ne risque plus de tomber sous l'emprise d'une personne violente - ni Algernon, ni aucun.e autre.

Algernon a continué à me manquer régulièrement pendant des mois, comme je le raconte ici et ici. Ça a été une délivrance quand j'ai remarqué que ce n'était plus jamais le cas. Aujourd'hui je sais que si je le recroisais je ne risquerais plus de retomber sous son emprise - et je n'ai aucune envie de le recroiser. Il ne représente plus un danger pour moi. Pas davantage un regret. Maintenant, je m'en fous.

Ces articles-là particulièrement, je les laisse comme témoignages de l'emprise, parce que c'est important à dire : je n'ai pas cessé d'être sous l'emprise de mon ex au moment où je l'ai quitté, mais à peu près un an et demi plus tard. En revanche, le quitter m'a immédiatement permis d'être en sécurité et d'entamer le processus de guérison qui a mené, entre autres, à la fin de son emprise.

C'est à peu près à la même époque qu'Algernon a cessé de me manquer et que j'ai cessé d'être attirée par des personnes qui lui ressemblaient - des personnes violentes et possessives. Je pense que la thérapie et le groupe de parole y sont pour beaucoup, voir ci-dessous.

Je vis mieux. Infiniment mieux. Pas seulement parce que je suis sortie de la violence conjugale, mais aussi parce que j'ai travaillé à changer, à devenir une personne mieux protégée contre celle-ci.

Quand on sort d'une relation avec un agresseur, le risque, c'est d'en retrouver un autre. J'ai couru ce risque. Toutes les personnes victimes de violences conjugales que je connais l'ont couru aussi. Parce qu'on ne devient pas victime de violences conjugales par hasard. Non, il ne s'agit pas de dire que les victimes de violences le veulent, ou aiment ça, ou sont finalement tout aussi coupables puisqu'elles acceptent. Ça, c'est le victim-blaming des agresseurs, et c'est de la merde. La personne responsable des violences conjugales, c'est la personne qui exerce ces violences : ça, il n'y a aucun doute là-dessus. Mais la personne qui subit ces violences, en général, c'est une personne qui n'a pas appris à poser ses limites. C'est une personne à qui l'on a appris, généralement dans l'enfance, que pour être aimée, elle devait tout accepter, que c'était la condition nécessaire pour qu'on l'aime, ne serait-ce qu'un tout petit peu, parce qu'en général, les personnes qui vous apprennent ça, les parents toxiques, vous apprennent en même temps que vous n'êtes pas vraiment digne d'être aimée. C'est une personne à qui l'on a appris que son amour se mesurait à ce qu'elle était capable d'endurer pour celui-ci - à qui l'on a appris, finalement, à équivaloir amour et souffrance.

Ce n'est pas un hasard si les victimes de violences conjugales sont surtout des femmes : ce type d'injonction à tout accepter, cette conviction d'être impossible à aimer, cette interdiction de poser ses limites personnelles et de stand up for yourself font partie intégrante de l'éducation des femmes dans le patriarcat occidental. Il arrive que des hommes ayant eu des parents toxiques aient les mêmes vulnérabilités, mais c'est une exception, alors que chez les femmes c'est systémique. D'où les statistiques. On n'apprend pas impunément aux femmes qu'elles n'ont le droit de rien demander pour elles, quel que soit le prix, et aux hommes que tout leur est dû, quels que soient les moyens.

Ces convictions, ce sont des failles, des vulnérabilités. C'est par là que les agresseurs rentrent dans votre vie, c'est par là qu'ils s'installent. Toute la culture populaire de l'amour toxique (je pense notamment à la pop music) est là pour vous dire que ces vulnérabilités sont ce qui fait votre beauté. C'est faux, et c'est de la merde. Ce sont des vulnérabilités de même que les failles de sécurité en informatique : elles permettent à quelqu'un d'autre de prendre le contrôle de vos systèmes, et vous, vous risquez de tout perdre.

La bonne nouvelle, et c'est là que je voulais en venir, c'est que ce n'est pas une fatalité. On peut, et ceci à n'importe quel âge, apprendre à poser ses limites, apprendre à considérer que l'on a de la valeur, apprendre à se défendre, dans tous les sens du terme - et pour se défendre, il faut évidemment avoir quelque chose à défendre, il faut un minimum s'aimer.

Si vous sortez d'une situation de violence conjugale ou si vous y êtes encore : le responsable, la source du problème, c'est la personne qui exerce ces violences sur vous, il n'y a aucun doute à avoir là-dessus. Mais ça veut dire aussi que vous avez certainement une vulnérabilité à ces violences, et qu'il va falloir vous en occuper, sous peine de retomber sous l'emprise de votre ex ou d'une autre personne violente.

C'est ce que veut dire guérir, lorsqu'on a vécu de la violence conjugale. C'est le même processus par lequel on se reconstruit, on cicatrise, par lequel on rend sa culpabilité à l'agresseur, et par lequel on apprend à poser ses limites.

Donc pour finir je vais parler de quelques trucs qui m'ont aidée dans ce processus de guérison. C'est mon chemin, donc un chemin, pas le chemin. Libre à vous de faire votre tri et de trouver le vôtre, et bonne route.

- Parler. C'est le début de tout. Les violences conjugales vont avec une injonction au silence, une demande de loyauté, voire une inversion de la culpabilité qui empêchent de parler de ce qu'on vit. C'est horriblement difficile, mais ça m'a sauvée. Personnellement j'ai trouvé très difficile d'en parler avec mes amis les plus proches. En revanche, ça m'a beaucoup aidée de me rapprocher d'une association (le Planning familial, dans mon cas) où j'ai trouvé une écoute sans jugement sur les questions de violences. Ça m'a permis de mettre des mots sur ce que je vivais, de réaliser que c'était bien de la violence, et de me tenir bon à ma résolution de quitter Algernon. Aujourd'hui encore il m'est plus facile de parler de tout ça avec des personnes neutres qu'avec des personnes avec qui j'ai des liens affectifs, parce que j'ai du mal avec la douleur que ça leur cause. Je pense néanmoins que c'est une bonne chose de parler de ce que j'ai vécu à mon entourage, parce qu'on ne parle pas assez de ces sujets, parce que me taire renforce les clichés sur ce à quoi ressemble la violence conjugale et qui elle concerne, et parce que ce n'est pas à moi d'avoir honte de ce que j'ai vécu.

- Établir un.e intermédiaire. Après mon départ, Algernon a continué à essayer de me détruire à distance, notamment par mail. Je dois la vie (littéralement) à l'amie qui a accepté que je redirige vers son adresse les mails d'Algernon, pour qu'elle les lise pour moi et fasse le tri entre les informations pratiques et le venin. Mon état s'est instantanément amélioré dès que je me suis sue protégée de ces agressions à distance. (Maintenant que toutes les questions pratiques sont réglées, les messages d'Algernon vont directement vers une adresse-poubelle dont j'ai oublié le mot de passe.) J'ai depuis joué ce rôle d'intermédiaire pour d'autres personnes. Le principe est simple : les mots d'une personne ne sont toxiques que si vous avez des liens affectifs avec cette personne. Les tentatives de manipulation d'une personne que je ne connais pas sont sans effet sur moi. Comme intermédiaire, j'ai choisi une personne en qui j'avais totalement confiance. Il en fallait de la confiance, car ça voulait dire qu'elle lirait les calomnies d'Algernon sur moi. Si je n'avais pas eu de tel.le ami.e dans mon entourage, j'aurais pu demander à ma psy, qui m'avait suggéré cette méthode, ou à un.e bénévole de l'association de lutte contre les violences conjugales.

- Groupe de parole. Plus tard, après avoir déménagé, après l'avoir quitté, dans une autre ville, je me suis rapprochée d'une association spécialisée dans la lutte contre les violences faites aux femmes. Cette association proposait des thérapies individuelles mais aussi des groupes de paroles de femmes victimes de violences. Ce groupe de parole a été déterminant pour moi. Parler avec d'autres femmes victimes de violences m'a permis de donner une réalité à ce que j'avais vécu, de sortir de l'intérieur de ma tête où quelque part Algernon était toujours là, en train de me dire que j'étais folle et que j'inventais tout ça, voire que c'était moi qui lui faisais du mal. Or justement, dans le groupe de parole, ce sentiment-là, on l'avait toutes, à un moment ou à un autre. Parler entre nous, ça nous a permis de nous confirmer mutuellement qu'on était pas folles, que ce qu'on vivait était bien réel ; parce que c'est plus facile quelque part de reconnaître la réalité des violences vécues par quelqu'un d'autre que celles que l'on vit soi-même, et parce que j'avais tendance aussi, au moins au début, à être plus bienveillante envers les autres qu'envers soi-même. En faisant l'un, j'ai appris à faire l'autre. Donc la solidarité et les échanges avec d'autres personnes qui vivaient la même chose, pour moi, ça a été déterminant. Merci pour tout, les girls.

- Thérapie. Aux moments où je sombrais, faire un travail de psychothérapie m'a sauvé la vie. Plusieurs fois. Ça m'a demandé, avant tout, de reconnaître que là, j'étais submergée, je ne pouvais pas m'en sortir seule, j'avais besoin d'aide. Au-delà de ces urgences ponctuelles, ça m'a aussi permis, à plus long terme, de changer les schémas de fonctionnement qui me rendaient vulnérable aux violences. Pour moi, ce qui a été très efficace pour changer les schémas dans lesquels j'étais enfermée depuis l'adolescence, ça a été l'analyse transactionnelle. C'est une thérapie interactive, plutôt courte (pas 15 ans donc - moi j'ai eu de bons résultats en un an de thérapie hebdomadaire) qui se focalise sur les scénarios qui se répètent dans nos vies, et comment en changer. On y travaille beaucoup à partir de ses interactions avec les autres, donc je trouve que c'est assez pertinent pour traiter des questions de violences, et ça en fait aussi un bon exutoire.
J'ai aussi trouvé l'EMDR très efficace pour traiter les traumatismes.
Là encore, les associations de lutte contre les violences conjugales proposent souvent des thérapies gratuites aux victimes, pour les aider à se reconstruire et à sortir des schémas de violence.

- Lire Échapper aux manipulateurs et Divorcer d'un manipulateur de Christel Petitcollin. Ces deux livres-là, très pratiques, m'ont indéniablement aidée, et en de nombreuses circonstances, même si je suis pas toujours d'accord avec tout ce qu'écrit cette autrice (la conclusion d'Échapper aux manipulateurs notamment, que je trouve contre-productive). L'analyse non-jugeante des facteurs qui rendent vulnérables à la manipulation et les stratégies proposées pour faire obstacle à celle-ci, notamment, m'ont été très utiles.

- Entretenir les liens. La violence conjugale est quelque chose qui isole. Quand j'ai quitté Algernon, j'ai déménagé pour une ville où je connaissais peu de gens et je suis quelqu'un de timide et introverti. Autant dire qu'entretenir les liens, pour moi, c'est difficile et même parfois impossible, en cas d'angoisses notamment. Pourtant garder des liens avec mes ancien.ne.s ami.e.s, même à distance, et en créer de nouveaux sur place, même peu nombreux, cela m'a donné beaucoup de force et de résilience.

- Animal de compagnie. Purée, qu'est-ce que je serais devenue sans le chat, sérieusement.

- Patience. La guérison prend du temps. La guérison est cyclique. J'ai ragé de me voir retomber dans de vieux schémas et de vieilles angoisses alors que je m'en croyait sortie. Surtout que j'ai déjà tendance à être dure envers moi-même. Quand ça m'arrive, j'observe mes progrès sur le long terme, et comment mon "jour sans" est différent de ceux d'il y a six mois ou un an. Quand je traverse des périodes d'angoisse, observer qu'elles sont différentes, moins longues et moins intenses qu'il y a un an, deux ans, trois ans me fait beaucoup de bien. Constater les ressources personnelles et interpersonnelles que j'ai développé aussi. Mes moments d'angoisse, ce ne sont pas des retours à la case départ : je suis sur une longue spirale sur laquelle je progresse sans cesse, toujours un niveau plus haut.


- Me pardonner. Je suis facilement en colère contre moi-même d'être restée huit ans dans cette situation qui m'a abîmée, physiquement et moralement. Cette culpabilité ne me quitte guère, surtout quand je subis les séquelles de la violence, notamment physiques, qui durent encore aujourd'hui. Contre cette colère-là, qui ne sert à rien, j'essaye de me souvenir que le responsable des violences, c'est l'agresseur ; et que cette personne travaillait quotidiennement à m'embrouiller la tête et à retourner la responsabilité. Que mes motifs pour rester avec Algernon, c'est-à-dire donner sa chance à la relation, voir le bon en lui, n'ont rien de honteux. Et que j'ai finalement fait ce qu'il fallait en partant.

- Quitter des gens. La vie est trop courte pour m'emmerder avec des gens (ami.e.s, collègues, famille, amoureuxses ou même de parfaits inconnus qui se sentent autorisés à donner leur avis) qui trouvent que c'est de ma faute, que j'ai dû faire quelque chose pour le mériter, que je "n'avais qu'à partir" ou que je pète l'ambiance avec mes histoires de violence conjugale. C'est un discours horriblement répandu, il fait partie de notre culture violente. Il a pour but de faire taire les victimes et d'excuser les agresseurs. Le but, c'est de ne plus penser ça moi-même, donc maintenant je vire de mon entourage toute personne qui me sort ce genre de merde si elle n'est pas suivie d'excuses sincères (et par excuses sincères je veux dire reconnaissance que c'est de la merde et engagement de ne pas recommencer ; s'il y a récidive, je suis impitoyable).

- Bienveillance. Je mérite d'être bien traitée, et avant tout par moi-même. Quand ça ne va pas, j'écoute mes besoins. Je ne me houspille pas. J'essaye de me donner l'autorisation de ressentir ce que je ressens et le réconfort et l'espace nécessaires à le digérer. Être bienveillante envers les autres m'aide aussi à l'être davantage envers moi-même : le non-jugement, ça marche dans les deux sens.

- Faire des trucs. Que ce soit écrire, faire du sport, de la menuiserie, de l'art, de la danse, seule ou en groupe : faire des trucs me fait du bien.

- Faire rien. Parfois, il n'y a pas d'autre solution. Personnellement quand je ne suis capable de rien faire d'autre je trouve un réconfort toujours renouvelé dans la lecture du webcomic Questionable content ou de l'excellente BD Cadavre exquis, de Pénélope Bagieu.


- Changer l'amour. Les violences conjugales s'appuient entre autre, culturellement, sur une conception toxique de l'amour, diffusée notamment par les chansons. Une culture où tuer celle qu'on aime, la harceler, la séquestrer, la surveiller, la torturer est une preuve d'amour. C'est faux, et c'est de la merde. L'amour, c'est fait pour être agréable. C'est fait pour être partagé. C'est fait pour être voulu par toutes les personnes impliquées. Donc j'essaye de bannir de ma vie les conceptions de l'amour qui font le lit de la violence. Je sais, c'est pas facile de changer ce qui nous fait vibrer. Mais avec le temps, on peut refaire de l'amour quelque chose d'aimable.

samedi 21 novembre 2015

Un mental de femme battue

Bien sûr, Algernon n'était pas violent en permanence.

Il l'était seulement souvent, et de manière imprévisible.

C'est pas facile de vivre constamment sur ses gardes. C'est pas facile de vivre dans l'appréhension constante de la prochaine explosion. L'expression est : marcher sur des œufs. En vrai, ça correspondrait plutôt à la sensation de vivre dans un champ de mines. C'est un peu tendu.

C'est pas facile, lorsque tu es en train de petit-déjeuner dans la cuisine, de craindre que ton compagnon se lève et descende avant que tu aies terminé, parce que tu sais qu'au minimum ta présence dans la cuisine quand il descendra faire son café semblera le mécontenter, et au pire tu ne sortiras pas de cette foutue cuisine du reste de la matinée, piégée dans une de ses séances de torture mentale.

Vous me direz : t'as qu'à faire en sorte d'avoir terminé de petit-déjeuner quand il se lève.

Mais oui bien sûr, ya qu'à faire ça, c'est évident.

Sauf que là, vous venez de mettre le pied dans un truc. Vous venez de faire le premier pas dans ce qu'un collègue un peu maladroit a un jour appelé : un mental de femme battue.

Un mental de femme battue, c'est penser qu'en vous dépêchant de finir votre petit-déjeuner vous éviterez la violence. Qu'il suffirait de modifier votre comportement pour que la violence cesse. Que la violence dépend donc de votre comportement. Que c'est à vous de changer, de trouver ce qui, dans vos actes, déclenche la violence, afin d'éviter de le faire à l'avenir.

Un mental de femme battue, c'est considérer que tu es responsable de la violence qui t'est faite, et que tu peux y trouver remède en changeant ta façon de faire.

Alors tu commences à essayer de changer. Terminer plus vite ton petit-déjeuner, d'accord, mais aussi un millier d'autres choses. Tu essayes d'être parfaite pour éviter à ton compagnon tout motif de contrariété. Tu vis dans une tension permanente, dans la crainte constante de foirer et de tout faire foirer. Et puis tu rates, évidemment, parce que personne n'est parfait. Et tu t'en veux.

Et puis c'est difficile, parce que comment dire : un jour il va te prendre la tête parce qu'il te trouve dans la cuisine quand il se lève, et que ça l'agace, mais un autre jour il va te prendre la tête parce que tu n'es plus dans la cuisine quand il se lève, et qu'il a l'impression que tu le fuis. Ses exigences sont détaillées et contradictoires. Rien n'a de sens, tout s'inverse en permanence en son contraire. Tu as beau essayer, tu n'arrives pas à trouver la logique du déclencheur, à comprendre les règles de ce qui provoque sa violence.

Mais c'est parce que ce n'est pas ton comportement qui est cause de la violence. Ton comportement n'est qu'un prétexte, et s'il change, le prétexte changera lui aussi.

On trouve toujours un prétexte.

La violence de ton compagnon, c'est comme un fleuve qui cherche à passer. Aucun barrage ne tiendra indéfiniment. A un moment le fleuve le brisera, ou trouvera une autre voie.

Lorsque de la violence cherche à s'exprimer, elle trouve toujours le moyen de le faire.

Ça tombe sur toi juste parce que tu es là.

Tu pourras changer tout ce que tu veux, ton comportement, ta personnalité, ton identité, la violence te tombera dessus quand même, parce que ton compagnon porte en lui cette violence qui a besoin de se déchaîner.

Alors la seule chose que tu puisses faire, la seule, vraiment, qui soit en ton pouvoir pour arrêter la violence, c'est partir.

mardi 20 octobre 2015

Les caresses blessantes

Je n'ai jamais connu personne dont les gestes d'affection fassent aussi systématiquement mal.

Je me souviens de cette époque où j'avais une fissure au lobe de l'oreille, parce qu'en me caressant le visage à chaque fois tu le faisais rouler en me l'arrachant un peu, rouvrant la blessure qui ne cicatrisait pas. Tes caresses sur mon visage étaient un peu fermes, bien sûr.

De ta main posée sur mon bras, mais avec une pression des doigts si dure que tu me broyais les os et les nerfs.

Des tout débuts de notre relation, où j'appréhendais tes étreintes parce que tu me serrais très fort, non au niveau des épaules, mais au niveau de la nuque, que je sentais mes vertèbres craquer dans l'étranglement, et que souvent j'en ressentais ensuite des douleurs pendant plusieurs jours.

Combien de fois, au lit, tu as bougé ta jambe sur la mienne à la manière d'un archet en appuyant très fort, faisant rouler les muscles sous ma peau d'une manière qui m'était très douloureuse, j'avais beau te le dire, tu recommençais toujours et c'est moi qui étais pénible.

Et puis il y a eu cette longue période où après l'amour, encore en moi, tu faisais un certain mouvement qui t'était sans doute agréable, mais me faisait hurler de douleur. J'avais exprimé cela clairement. Tu savais exactement de quel mouvement il s'agissait. Mais il a bien fallu un an pour que tu arrêtes de le faire - peut-être pas chaque fois, mais suffisamment souvent pour que chaque fois je l'appréhende sans pouvoir l'empêcher.

C'est pas possible d'être en permanence en train de craindre les gestes d'affection physique de la personne que l'on aime. C'est un cauchemar.

Bien sûr, cela arrive de faire mal à quelqu'un en voulant le ou la caresser, cela arrive d'être maladroit. Mais toutes tes caresses étaient minées. Et au lieu de faire ce qui se fait d'ordinaire dans ce genre de situation - on s'excuse, et on arrête le geste - toi au contraire tu me mettais la pression pour continuer, tu te plaignais que j'étais trop douillette, qu'on ne pouvait pas me toucher, que j'étais pénible, que je ne t'aimais pas. ça te donnait un argument pour limiter les gestes affectueux, évidemment, puisque j'étais si intouchable. Et puis c'était une manière efficace de me faire culpabiliser.

Isolée dans la privation de contact physique, et pourtant craignant que tu me touches. Désirant les caresses, craignant les coups.

Ainsi la plupart de tes caresses étaient des pièges. De même, dans beaucoup de tes propos, une pointe était cachée, et de la même manière que pour les caresses, il ne fallait surtout pas que je la relève, il ne fallait pas que je m'en plaigne, sinon c'était l'amorce qui allait te permettre, des heures durant, de m'adresser reproches et culpabilisation.

mercredi 30 septembre 2015

Je t'ai tellement aimé

Les jours où je ne suis pas coupée de mes sensations, parfois ça me revient en pleine gueule, il y a des chansons comme ça qu'il vaut mieux que j'entende pas dans les lieux publics parce que ça va pas être beau à voir, parce que faut bien avouer que c'est toujours le cas, qu'un amour comme ça, ça se termine pas comme ça, ça se termine pas du tout en fait.

On vit déchiré après, c'est tout.

J'ai tout aimé chez toi. Souvent encore quand un homme me plaît, ce n'est pas qu'il te ressemble, mais je dois bien avouer que vous avez quelque chose en commun, c'est sûr.

J'ai aimé ta voix que tu n'aimes pas.

Repenser à ton sourire me bouleverse. A la façon dont tu baisses les paupières. Aux mèches lourdes de tes cheveux.

Je me suis planquée pour t'écouter jouer de la musique à l'époque où tu pensais que ce n'était pas agréable à entendre. Je t'ai accompagné prendre confiance progressivement. Et j'ai toujours tellement aimé ces moments quotidiens où tu prenais ta guitare, posé n'importe où, parfois t'accompagnant au chant. J'ai tant aimé ta musique.

Pas juste la musique que tu faisais. Ta musique personnelle, ton harmonie intérieure, ce qui fait que tu es toi.

Ton tour d'esprit, ton humour, l'étincelle dans tes yeux lorsque tu comprends un truc qui à la fois t'amuse et te plaît.

Mais ce qui est étrange, c'est que je peux pas dire qu'"on" s'est aimés. On n'a pas vécu ensemble la grande histoire d'amour qu'on aurait dû.

J'écris ça, j'ai le sentiment d'avoir été volée.

C'est une terrible chose à penser, que j'ai vécu huit ans avec l'homme que j'ai le plus aimé de ma vie, et que ça n'a rien eu d'heureux.

Tu refusais mon amour, mes marques d'affection te mettaient mal à l'aise, mon désir te faisait peur, les qualités que je voyais en toi n'étaient jamais les bonnes, les compliments tu ne les croyais pas. Je ne t'aimais jamais de la bonne façon, la manière dont je t'aimais tu la trouvais insultante, et je n'avais aucune piste pour savoir comment tu aurais voulu être aimé. Tu me tenais à distance, tu me faisais comprendre que je n'étais pas la bienvenue, au bout d'un moment je n'osais même plus aller vers toi. Les marques d'attention, les efforts que je faisais pour te rendre la vie agréable tombaient la plupart du temps comme un dû, rencontrant au mieux indifférence, au pire hostilité.

Je t'aimais et toi qui disais m'aimer, tu me traitais si mal. Et pourtant je te crois, quand tu dis que tu m'aimes. Tu as reconnu, parfois, dans des jours de lucidité, que tu ne te comportais pas comme si tu m'aimais. Que tu m'as enveloppée quotidiennement dans un manteau d'épines. Mais comme toujours, ces éclairs étaient rapidement remplacés par le retour du discours culpabilisant - j'étais horrible, je faisais quelque chose de vraiment affreux, quoi ce n'était jamais clair, mais enfin en tous cas c'était à cause de moi.

C'est comme une maladie de l'amour, de ne pas pouvoir le vivre autrement qu'en rejetant et agressant la personne que l'on aime. De ne pas pouvoir le vivre autrement que comme une souffrance.

Pour moi, c'était comme de devoir t'aimer à travers une vitre. En plus des agressions, une frustration constante. Sauf à de rares, si rares exceptions, je les compte sur les doigts des mains en huit ans, jamais pouvoir vivre l'amour que j'aurais voulu vivre avec toi, tout en sachant qu'il était présent entre nous.

Le supplice de Tantale.

Il en faut de la volonté à Tantale pour choisir enfin d'échapper à l'enfer en tournant le dos au festin qui s'offre à ses yeux malgré la faim qui le tenaille et s'enfuir en courant. Sans se retourner. En essayant, le plus possible, de ne pas y penser - parce que penser que l'on doit fuir ce que l'on aime le plus au monde, il y a de quoi devenir fou.

Et c'est horrible de rester si longtemps avec quelqu'un qui te fait du mal. Parce qu'à vivre ensemble aussi longtemps, on apprend vraiment à l'aimer.

jeudi 24 septembre 2015

Craving

Je ne peux pas revoir Algernon. Je ne peux pas le croiser à nouveau.

Et ce n'est même pas parce qu'il continue à me harceler à distance, à des cycles aussi réguliers que la Lune, à essayer, par mails, par lettres ouvertes postées sur son blog, de me faire croire que je suis folle, de faire vaciller ma santé mentale.

C'est parce que je ne résisterais pas deux secondes à me jeter dans ses bras en pleurant toute l'eau de mon corps et à l'embrasser comme si mon souffle en dépendait.

Parce que c'est simple, ça c'est toujours passé ainsi dans notre relation, et je le sens encore profondément dans ma tête : deux secondes de gentillesse, une parole tendre, un sourire, un seul geste de sollicitude suffisent à oblitérer entièrement à mes yeux des mois de mauvais traitement.

Il y a un an, septembre était une torture. Algernon avait fini par comprendre que je serais ferme dans ma résolution de ne plus vivre ensemble, que j'allais vraiment partir. Alors il était admirable, charmant comme jamais.

Le matin même de mon départ, il m'avait consolée alors que je paniquais, ruinée de larmes, prise dans ses bras avec douceur, trouvé les mots qui apaisent et donnent espoir.

Et ces quelques rares moments, je ne peux les empêcher de me hanter, plus peut-être que des mois et des années de maltraitance. Rien à faire, pour moi ils pèsent davantage, et si l'occasion m'en était donnée, j'ai peu de doutes que je choisirais encore de voir cet aspect-là de lui plutôt que le sombre et amer visage que j'ai connu bien davantage.

Parce que j'ai à la gentillesse le même rapport qu'à une drogue dure. Pour un sourire, pour une minute d'attention, j'ai l'impression que je serais capable d'accepter de subir n'importe quoi.

Certains jours plus que d'autres.

Aujourd'hui ensoleillé, un an après ce fatal et ensoleillé septembre où Algernon déployait toutes les ressources de sa séduction tandis que je restais ferme dans ma décision, ce septembre auquel je ne peux repenser sans que l'angoisse d'avoir été cruelle avec un homme adorable me torde le ventre, sans que cette illusion ne poigne à nouveau mon esprit, les fantômes prennent le contrôle, je sais que je suis vulnérable, je sais que je ne peux sous aucun prétexte revoir Algernon car la moindre ébauche de gentillesse de sa part me jetterait à nouveau totalement dans son emprise.

jeudi 27 août 2015

L'hameçon

Tout à l'heure j'ai croisé un pêcheur qui avait ferré un gros poisson. Il l'avait ramené tout près de la rive, il ne le sortait pas encore de l'eau, il le fatiguait. J'ai eu de la compassion pour la grosse bestiole qui se débattait à la surface, qui allait et venait en tous sens, cherchant une issue, qui mettait tant de vigueur à chercher à échapper à la mort inéluctable, qui se battait comme si elle pouvait encore échapper à cette horreur qui lui perforait la bouche de l'intérieur. C'était cruel.

La grosse bête ne se résignait pas. Et comment faire autrement. Comment cesser de croire, jusqu'au bout, qu'on va pouvoir s'en sortir.

Pourtant le poisson était déjà foutu, comme je l'étais moi aussi à chaque fois que je mordais à l'hameçon d'Algernon.

Je le voyais jamais venir. Je le gobais toujours comme quelque chose de normal, j'y répondais en confiance. Ça avait toujours l'apparence d'un truc normal. L'hameçon était caché à l'intérieur. Pas moyen de faire la différence entre une phrase qui contenait un hameçon et une phrase qui n'en contenait pas. Parce que le seul truc qui faisait la différence, c'était : est-ce que ce jour-là, Algernon était d'humeur à aller à la pêche. Ça, je pouvais pas le savoir. Et c'est seulement après-coup que je me rendais compte avec horreur que je venais de mordre à l'hameçon fatal.

Je me débattais un peu, comme tout bon poisson j'essayais de revenir en arrière, de dénouer rapidement le fil, de revenir à l'instant avant celui où tout avait basculé, mais je voyais rapidement que je ne pourrais pas m'en décrocher.

Qu'Algernon m'avait ferrée, et qu'il allait me fatiguer pendant des heures, jusqu'à ce qu'une mort symbolique s'ensuive. Jusqu'à ce que je pleure, jusqu'à ce que mon visage ne soit plus qu'une grimace difforme, jusqu'à ce que je pousse des cris inarticulés, jusqu'à ce que je me cogne la tête contre les murs, jusqu'à ce que je m'effondre, apathique.

Parfois j'ai essayé de feinter, de faire le poisson mort, de ne pas chercher à m'échapper en tirant sur la ligne, ce qui ne fait que faire pénétrer plus cruellement l'hameçon dans les chairs. Je pensais que peut-être le pêcheur pouvait se lasser, poser sa canne, casser sa ligne, penser à autre chose. Mais non, jamais. Quand Algernon m'avait ferrée, jamais il ne lâchait prise. Il allait continuer à me harceler à petits coups jusqu'à ce que de douleur je craque, que je lui donne ce qu'il attendait.

Me voir danser au bout de sa ligne, me contorsionner de douleur sous sa cruauté en luttant pour ma vie, impuissante à m'échapper, irrationnelle, les yeux révulsés.

Et à la fin, jamais il ne me donnait de coup de grâce. Il me laissait me contorsionner un temps sur la rive, à l'agonie, animée de mécaniques soubresauts.

Puis il me rejetait à l'eau. Pour que je cicatrise un peu, suffisamment. Pour la prochaine fois.

mercredi 19 août 2015

Regrets sur mon vieux canapé

Mon canapé n'est pas très large ; il n'est pas très profond; il grince, l'assise en est usée ; il lui manque les accoudoirs qui en feraient un nid pour la lecture ; du reste, son dossier est bien trop droit et raide, on ne peut s'y enfoncer moelleusement. Il lui manque à peu près toutes les qualités du canapé spacieux et confortable que nous avions choisi pour notre salon, Algernon et moi.

Un canapé où passer de délicieux dimanches pluvieux en automne, à lire l'un à côté de l'autre, cachés sous des plaids, en faisant des miettes de cookies.

Un canapé où se raconter tranquillement nos journées.

Un canapé où poser ma tête sur ses genoux pendant qu'il caresse mes cheveux. Ou l'inverse.

Je manque d'imagination pour ce canapé, mais il inspire des idées de confort, de sécurité, de tendresse.

Et pourtant rien de tout cela dans mes souvenirs de ce canapé - ou si peu.

Mais tellement, tellement de souvenirs de ces longues journées où, chacun assis à un bout du canapé, Algernon hostile, intouchable, me détruisait à petit feu de ses mots jusqu'à ce que je m'effondre. Le canapé était alors un piège où ses mots me tenaient ligotée, impuissante, incapable de me lever et de partir, jusqu'à destruction totale.

Tant de nuits où, réveillée par l'angoisse qui me vrillait le ventre vers quatre heures du matin, j'ai fui le lit où j'étouffais pour venir dormir sur le canapé où, loin d'Algernon, je trouvais enfin le sommeil.

Tant de fois où sur ce canapé j'ai dormi tout le jour pour être au soir encore épuisée, minée par la violence quotidienne.

Tant de fois où en passant dans le salon j'ai vu Algernon assis là le regard fixe, éruption imminente, ruminant quelque colère.

Et pourtant je ne peux m'empêcher de regretter ce vieux canapé. Mais si j'interroge ce regret, je sais que ce n'est pas réellement le regret de ma vie avec Algernon, mais le regret de ce que cette vie aurait pu être, et qu'elle n'a jamais été.

Ce regret, c'est la trace de ce sentiment qui m'a fait rester huit ans avec un homme qui chaque jour par ses violences trahissait l'amour que je lui portais : le sentiment que cela allait changer, qu'Algernon avait le potentiel pour être un homme merveilleux, que notre relation avait le potentiel pour être extraordinaire.

Si seulement ça arrêtait de péter à tout bout de champ. Si seulement il arrêtait de me considérer comme son ennemie. Si seulement il relâchait la pression. Si. Si. Si.

Je misais sur le bon en lui, en nous.

Je me raccrochais comme à une bouée de sauvetage aux rares jours ou heures agréables que nous passions ensemble, comme à des preuves qu'avec un peu d'efforts, de bonne volonté, cela pourrait être comme ça tout le temps.

Avec le recul, je pense que ces bons moments ne m'apparaissaient comme extraordinaires qu'à cause de leur rareté. En réalité, ce n'étaient que les moments ordinaires d'un couple. Mais parce que la plupart du temps j'étais privée de cette tendresse ordinaire, de ce calme, de ces sourires, ils me semblaient hors norme, quelque chose d'inatteignable, de divin, que je ne pourrais jamais retrouver avec personne d'autre. Alors je fondais sur ces moments l'espoir que notre couple aille mieux. Je me disais qu'on ne pouvait pas renoncer à une entente pareille.

Je sais à présent que le regret de mon vieux canapé, c'est le regret de tous les espoirs que j'ai nourris huit années durant d'avoir enfin une vie normale avec Algernon. Sur ce canapé, on aurait pu faire ce que font tous les autres couples, se détendre, être heureux.

Mais ce canapé n'a jamais eu la chance d'accueillir tous les espoirs que nous avions mis en lui.

Faire le deuil de mon vieux canapé, c'est faire le deuil de la relation rêvée que j'aurais eu avec un Algernon imaginaire. Quelque chose qui n'a jamais existé que dans mon désir. Et que le canapé symbolise, mais n'incarne pas.

Mon canapé actuel est peu confortable, la housse en est usée, grisâtre et tachée, et j'y suis assise seule.

Mais je n'y subis pas de violences ; j'y suis libre et tranquille. Je m'y assieds et m'en lève quand je le souhaite. Il est, d'une certaine manière, le symbole de cette vie que j'ai reconquise.